vendredi 20 août 2021

BAC Nord, bouleversée jusqu’aux tripes...




Depuis ce mercredi 18 août, le film "BAC Nord" est dans toutes les salles et avec lui le drame d’un service de police et de son équipe

Nous vous partageons ici le témoignage d’une collègue qui, après la projection, a souhaité expliquer pour quelles raisons elle était bouleversée "jusque dans ses tripes" :



Tout d'abord, je dois préciser que je manque peut être d’objectivité. En effet, je suis une femme flic qui travaille dans les quartiers nord de Marseille depuis de nombreuses années. En plus, l'un des trois rôles masculins du film retrace en partie l'histoire d'un de mes copains de promo...

Mais ce que je vais décrire là, ce sont mes sensations tout au long de ce film... des réactions physiques que j'ai ressenti sans avoir le temps de réfléchir tellement le rythme et les actions sont soutenus

Dans la première partie, j'ai souvent eu la boule au ventre en souvenir de plusieurs interventions dans ces quartiers où j'ai cru parfois que j'allais mourir. Ces affrontements physiques violents avec certains de ces jeunes, cette provocation, cette haine dans le regard est tellement bien jouée par les acteurs que j’en ai eu des crampes d estomac, mémoire traumatique je pense...

Certains les trouveront exagérées, stigmatisantes.. il faut juste l’avoir vécu une fois pour savoir que c’est la réalité. Ensuite il y a ces scènes de poursuites... de départ sur les "opé" avec le gyro à fond... des progressions dans des coins sordides et dangereux... l’adrénaline qui monte... le stress et la peur aussi en ce qui me concerne... j'ai tout ressenti à nouveau alors que j’étais confortablement assise dans la salle de cinéma

J’ai retrouvé aussi cette ambiance de patrouille entre collègues qui deviennent rapidement une seconde famille alors que nous n’étions pas forcément issus du même monde... Ça chambre, ça crie, ça rit et ça picole... Des moments qu’on ne partage qu’avec des collègues avec lesquels on a vu des choses horribles... on a frôlé la mort... on a été blessé... J’ai eu la chance d’en croiser bon nombre au cours de ma carrière et ils sont tous dans mon cœur

Pendant cette première partie, j ai aussi été révoltée par ce sentiment d’impuissance si bien retranscrit, ce manque de moyens alors que la demande de « chiffre » est toujours plus grande. La lâcheté de la hiérarchie qui t’envoie au turbin "avec ta bi.. et ton couteau" comme on dit chez moi mais qui ne veut pas de vague, pas de casse, pas de dérapage... mais des résultats... Cette question que je me pose si souvent de savoir à quoi ça sert de continuer .. à quoi je sers… ?

Puis vient la seconde partie de l’histoire, la trahison de la hiérarchie.. la bascule dans le cauchemar... La perte de tout, l’honneur, la fierté... Le lynchage par les journaux, les politiques, l’opinion publique, les réseaux sociaux... tout est étalé, extrapolé... plus de respect pour ces êtres humains qui peu de temps avant étaient félicités... pas de respect pour leur femme, leurs enfants, leurs parents sur lesquels j'ai vu les effets de cet acharnement dans la vraie vie... C’est peut être pour ça que j’ai pleuré à plusieurs reprises durant cette seconde partie... peut être aussi parce qu’inconsciemment je priais pour que de tels événements ne touchent jamais ma famille...

Lorsque la lumière est revenue, la salle entière a applaudi. Je ne sais pas combien de flics étaient présents mais tout le monde semblait comme dans un état second. Bousculé par la violence... le rythme... l'émotion de ce film... Moi j étais bouleversée... comme choquée mais heureuse que pour une fois je retrouve pas mal de ma vraie vie pro dans un film... Je vais certainement le revoir une seconde fois pour analyser mes ressentis à tête reposée, une fois le choc des émotions passé. Je pense fort à mon collègue qui a été à viré après avoir été libéré de prison et pratiquement relaxé de tous les faits qui lui étaient reprochés au procès qui s’est tenu 10 ans plus tard !

Je pense fort à tous les flics qui font leur boulot avec leurs tripes...
Je ne sais pas pourquoi, mais continuons...