vendredi 12 mars 2021

Sans honte et sans gloire

 



Notre publication Facebook du 12 mars 2021 :

Mercredi soir, une manifestation de dangereux agitateurs a été interdite par la préfecture de Police. Il est probable que cette initiative devait comporter un grave danger pour l'ordre public car une telle interdiction est habituellement réservée aux agitateurs de tous poils. Peut-être devait-elle rassembler de farouches opposants à l'ordre républicain pour que la préfecture sorte l'arme ultime de l'interdiction ?

À bien y regarder, ce devait être le cas, puisque cette manifestation avait pour but de rassembler quelques personnalités policières qui souhaitaient rendre hommage aux policiers qui s'étaient donné la mort. La République ne s'en serait pas remise

Les mots manquent pour exprimer ce que représente ce refus de l'hommage à des défunts qui ont eu l'audace, par leur geste, d'exprimer un mal-être si profond qu'ils se sont ôté la vie !
Quelle provocation face à un ordre institutionnel et hiérarchique qui tourne le dos à ceux qui sont trop désespérés pour trouver une autre issue que la mort. Cela valait bien une interdiction

Que la honte rejaillisse sur ceux qui ont pris cette décision, quand, dans le même temps, des manifestations appelant à la lutte communautaire ou à la haine des forces de l'ordre sont autorisées à vociférer dans les rues de la capitale

Que coule-t-il dans leurs veines ?
Ils préfèrent laisser libre cours à la haine des flics en réprimant ceux qui n'ont d'autre ambition que de rendre hommage à leurs morts.
Quelles sont les valeurs véritables de ces autorités administratives qui couvrent un mandarinat outrancier et aveugle, et une foule qui appelle à la mort de flics qui font leur boulot ? Que cherchent-ils ?
Des bandes de voyous font régner la terreur dans les villes, s'éventrent à coups de serpette, mais l'urgence était, mercredi, d'interdire une simple manifestation de flics en deuil. C'est pathétiquement effrayant de constater à quel point les valeurs essentielles sont à ce point niées et refoulées

Il paraît que le préfet de police est un adorateur de la Légion étrangère dont la devise est "Honneur et Fidélité". Qu'il est même "légionnaire d'honneur... On se demande bien quel sens il accorde à cette devise en ne s'associant pas à la détresse des collègues, de ces policiers morts de désespoir, et à leur famille. Reconnaissons humblement que faire preuve d'autoritarisme dans ces circonstances est moins risqué que de claquer la porte au gang Traoré ou indigénistes de tous poils.
Le courage véritable n'est pas donné à tout le monde, même en se cherchant une parenté fantasmée à un corps d'élite qui ne laisse pas ses morts derrière lui

On serait bien en peine de trouver de la force morale dans tout cela. Il est plus facile de chasser les fêtards des bords de Seine que les délinquants qui ont déclaré la guerre à la société civile. On mène les combats que l'on mérite. Que fait la haute hiérarchie de cette institution méprisée et vilipendée à longueur de journaux télé ? Elle regarde ailleurs ? Par-dessus l'épaule de celles et ceux qui n'ont pas d'autres choix que de monter au casse-pipe ? Mais où sont-ils ces bravaches de la déclaration médiatique, ces guerriers en pantoufles ?

Ah oui c'est vrai, ils sont tous au Beauvau de la Sécurité, cette farandole nouveau genre qui réunit autour de tables de travail pour amateurs des syndicalistes (pour la plupart) en quête d'utilité et des personnalités improbables. Eux aussi peuvent équitablement partager cette honte de ceux théoriquement payés à défendre l'intégrité et l'honneur de celles et ceux qui leur ont donné mandat de les représenter. On ne peut pas cautionner une politique d'abandon, accompagner des pseudos réformes d'un gouvernement qui échoue dans sa politique sécuritaire, et en même temps brandir l'étendard du mécontentement. La revendication réelle, c'est une vocation, malheureusement, pour certains, c'est un passe-temps, parfois et très souvent rémunérateur. Nous espérons seulement que les chocolatines du matin et la pause-café de l'après-midi font passer des pilules amères

En interdisant ce rassemblement, la préfecture ne prenait aucun risque. Que représentent ces quelques têtes dures qui osent faire valoir le droit au respect et à la dignité ? Pas grand-chose aux yeux de ceux qui nous gouvernent, c'est évident. Dans ces lignes, nous avons toujours démontré qu'existaient des esprits libres et lucides. Il est navrant, pour ne pas dire plus, que des complices à cet abandon nient une réalité dangereuse

La lâcheté est aujourd'hui un virus bien plus dangereux que la Covid, et celui-là va faire des ravages ; il en fait déjà. Lorsqu'une jeunesse considère que tuer n'est plus un tabou, qu'elle ne respecte plus rien ni personne, il y a bien d'autres choses à faire que parler d'un "commandement 2.0", de politique de management nouvelle formule

La situation réclame des actes forts et des responsables à la hauteur.
Nous manquons de tout cela.

Encore bravo pour cette interdiction ! Elle illustre à celle seule un enchaînement de renoncements et de couardises. En même temps, le pouvoir exécutif sait qu'il pourra encore compter sur des régiments bien encadrés pour le protéger, qui auront oublié que le président lui-même comptait faire encadrer sa propre protection institutionnelle par un saltimbanque digne de certaines sociétés de vigiles. Tout était dit.

Alors, à ceux qui s'illusionnent sur la solidarité du pouvoir, bon courage. Il en faudra pour les temps à venir !!