mercredi 17 mars 2021

Il fallait oser...

 

(Image Thinkerview)

Notre publication Facebook du 17 mars 2021 :


On peut très bien ne pas avoir apprécié l’expression syndicale. Même trouver les individus agaçants, selon les discours et les méthodes employées. Contester les lignes du discours et les options politico-syndicales. Cela fait partie du processus du dialogue entre le syndicat concerné et l’Administration qui par nature est une adversaire, dès lors qu’il ne s’agit pas de diffamations ou de mensonges

Nous ne sommes pas ici pour délivrer des certificats de bons ou mauvais syndicalismes. Nous dirions plutôt qu’il y en a qui sont des syndicalistes et d’autres qui font semblant de l’être. La nuance est significative à nos yeux


Récemment, Alexandre Langlois s’est vu notifier la décision du ministère de l’Intérieur, de procéder à sa révocation pure et simple. La lecture des considérants qui accompagnent cette notification est proprement atterrante et digne dans sa rédaction des décisions des tribunaux militaires de 14-18 :

Pour simplifier, on lui reproche la publication de certains écrits diffusés sous le couvert du syndicat VIGIMI dont il était le secrétaire général. À notre connaissance, bien rares sont les secrétaires généraux d’une organisation syndicale policière qui ont pu faire l’objet d’une telle décision vexatoire. Car c’est exactement l’ambition (bien misérable) d’une mesure qui ne fait qu’anticiper une procédure de négociation de rupture conventionnelle du contrat qui le liait à l’Administration Police

Donc, par orgueil, le ministère joue une fois de plus les gros bras en "virant" quelqu’un qui souhaitait déjà quitter une institution avec laquelle il n’était plus en symbiose. Il y a fort à parier que la décision a été plus simple à prendre compte tenu du niveau de représentativité de son organisation syndicale extrêmement minoritaire, reconnaissons-le. Qui, par ailleurs, exprimait haut et fort une panoplie de dysfonctionnements et de dévoiements bien réels. Mais sans jamais convaincre dans les urnes. Voilà probablement ce qui a donné le courage nécessaire au rédacteur de la lettre de cachet qui lui a été adressée.

On a les victoires que l’on mérite et qui, malheureusement, sont à la hauteur de ses inspirateurs. Alors que, quasiment dans le même temps, certains artistes glorifient la mémoire de délinquants, voire de criminels patentés, l’Administration révoque un de ses agents et représentant syndical. Nous pouvons attester ici que bien des écrits syndicalistes ont été rédigés avec une plume plongée dans l’encre de l’infamie sans que jamais une telle mesure ne soit prise à l’encontre de leurs rédacteurs. Des insultes, des outrages, des médisances, tout est resté sans suite. Pourquoi ?

Tout simplement parce qu’elles émanaient de structures dites représentatives et dont l’Administration avait besoin pour cautionner toutes les trahisons et les abandons en rase campagne. Nous avons expliqué et argumenté ce qu’il en est de ces petits arrangements, existant entre l’État et les syndicats de police dits majoritaires. La complaisance est de rigueur, et ni les uns ni les autres n’ont intérêt à ce qu’il en soit autrement. Pour autant, le message adressé est clair. Qui divergera de la doxa officielle subira les foudres des divinités de l’Olympe. Y compris ceux qui sont mandatés par leurs adhérents.

La mise en parallèle des destinées de certains laisse songeur : 
Pour les courtisans : Tahiti, le Conseil Économique et Social, le comité préolympique, les parachutages politiques, les reconversions alléchantes, les médailles distribuées avec générosité comme des breloques à des gamins bien sages et obéissants. Pour les divergents, "la porte" !!

On a donc le syndicalisme que l’on mérite. Répétons-le encore ! Nous ne faisons pas l’apologie de VIGI ou de ses représentants. Nous disons seulement que dans une République digne de ce nom on ne révoque pas un secrétaire général d’une organisation syndicale qui défend des valeurs qui lui sont propres. Que l’on adhère ou pas aux hommes et à l’organisation qu’ils représentent. Ce sont les élections qui sanctionnent leur représentativité, pas l’Administration. Cette décision est donc lourde de symboles. L’accepter peut être considéré comme une forme de complicité passive de la part de ceux qui revendiquent être des syndicalistes vertueux

Aujourd’hui, Alexandre Langlois, demain qui d’autre ?
Attention, l’alternance politique n’est pas une chimère, ça existe, et les "recalés" du jour pourront être au pouvoir demain, sans nécessairement avoir des scrupules. Ceux qui auraient le tort de se réjouir de cette sanction qui frappe ce secrétaire général auront peut-être à faire l’objet du même opprobre. Nous savons qu’au jeu de la « barbichette », l’État "tient" certains syndicats. Des esprits chagrins pourraient avoir envie que la Cour des comptes jette un œil malicieux sur l’opportunité de certaines dépenses, ou des méthodes électorales… Allez savoir ?

Nous serions à la place des plus honnêtes (car il y en a), nous quitterions immédiatement le Beauvau de l'Insécurité qui n’a d’autre objectif que d’anesthésier les consciences. Mais nous ne sommes pas à leur place. L’honneur et le courage ne sont pas des valeurs équitablement réparties ici-bas. Peut-être aussi parce que les orages du printemps s’amoncellent et que cet État, et ce pouvoir si fragiles, auront encore bien besoin de leurs archers et surtout de celles et ceux qui les commandent. Notre rôle se limite aujourd’hui à lancer un avertissement : On ne soutient pas aveuglément un pouvoir discrétionnaire, sous peine d’apparaître comme ses complices. Comprendra qui voudra !